LA VORAGINE.
Roman de l'écrivain colombien José Eustasio RIVERA (1889-1928), publié en 1924 et considéré comme l'œuvre maîtresse de la littérature consacrée à la description de la forêt vierge du bassin de l'Amazone. L'auteur, membre d'une commission officielle chargée de surveiller la frontière entre la Colombie et le Venezuela, fit d'immenses voyages à travers tout l'Orénoque. Avant d'aborder le roman, Rivera fut essentiellement un poète. En 1921, il publia un livre de vers, Tierra de promision. Le succès considérable de la Voragine lui ouvrait de nouvelles perspectives quand il mourut, encore jeune. Le récit est écrit à la première personne, à l'exception du prologue et des quelques lignes finales expliquant que le récit a été tiré des notes manuscrites d'Arturo Cova, disparu dans la forêt.
En effet, la forêt est cette puissante maîtresse qui dispose du destin des hommes elle est la « voragine » qui dévore les êtres humains et pousse à la mort le personnage principal du roman. La déchéance d'Arturo Cova commence d'ailleurs quand il est encore dans la plaine (el llano), au cours de la lutte brutale qu'il mène contre les hors-la-loi. Parti de la ville en enlevant Alicia, il tente de séduire la femme de son ami Franco, « Niña Griselda». Mais soudain les deux femmes disparaissent. Cova, pris de remords et les croyant esclaves dans la forêt, organise une première expédition pour les retrouver. Mais dès qu'il a pénétré dans la forêt, plus personne ne peut le délivrer de son envoûtement. L'auteur évoque alors les terribles « caucheros », ces véritables seigneurs de la forêt, exploiteurs de Blancs et d'Indiens tombés sous leur coupe, poussés qu'ils étaient par la misère et attirés par le mirage de l'argent promis. En effet, dans ce pays où n'existent ni lois, ni gouvernement, les « caucheros » sont les maîtres. Et quels maîtres ! Exploitant, grâce à la main-d’œuvre indigène, de vastes plantations de caoutchouc, ils gouvernent par le révolver et le fouet et maintiennent leurs subordonnés dans un véritable esclavage dont la seule issue est la mort.
Au cours du récit s'insère l'histoire de Clemente : vieillard aux cheveux blancs, Clemente a connu les pires aventures et subi les conditions de travail les plus pénibles, dans l'espoir de retrouver son fils Luciano, disparu depuis plus de dix ans. Qu'aurait-il retrouvé, si ce n'est un petit tas d'os ? Revenant au récit principal, l'auteur nous apprend qu'Arturo Cova et son ami Franco ont enfin rejoint Alicia et Griselda et les ont délivrées. Leur ravisseur, un « cauchero » bien entendu, mourra dans d'atroces conditions. Mais si Arturo a atteint son but, il revient de son expédition comme détruit, physiquement et moralement, par la forêt et celle-ci sera, finalement, plus forte que l'homme. En effet c'est sur la dépêche d'un Consul, qui annonce laconiquement la fin de Cova et de ses compagnons : « La forêt les a dévorés » que se termine la Voragine.
Prenant comme prétexte une histoire d'aventures assez banale. Rivera nous a rendu dans toute sa violence, non seulement le paysage vénéneux et mortel de la forêt, mais encore la tragédie de l'exploitation scandaleuse de l'homme par l'homme, telle que la pratiquent les planteurs de caoutchouc en Amérique du Sud. Par la sincère indignation de son auteur, par la puissance envoûtante de ses évocations, la Voragine est l'un des grands romans que l'Amérique Latine nous ait donnés.
