La SAGA DE GOSTA BERLING
Roman de Selma Lagerlöf (1858-1940), publié en 1891, et qui rendit soudain célèbre la petite institutrice mais qui est plus connue pour le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (1906-1907) et qui devint la première femme à recevoir le Nobel de littérature en 1909.
Gösta Berling, le héros de ce roman, est un prêtre assez étrange, enclin à la boisson. Un beau jour ses fidèles dénoncent ses frasques au Chapitre. Quand l'évêque arrive pour enquêter cette affaire, Gösta, pris de panique, fait un sermon si noble que ses adversaires sont contraints de retirer leur plainte. Il n'empêche qu'après divers incidents, le pauvre homme perd son office et se voit expulsé du presbytère. Il devient alors une sorte de vagabond, dont la vie passe bientôt en proverbe et il finit par entrer dans la fameuse compagnie des « Chevaliers d'Ekeby «. Dès lors, l'aventure de Gösta se mêle à l'histoire de la compagnie en question. Ces « Chevaliers » sont un groupe d'anciens militaires mi-aventuriers, mi-artistes, qui s'enfoncent dans la bohème, autour d'une femme qui les héberge et les gouverne et qu'on appelle la « Maîtresse ». Après l'arrivée de Gösta et en raison de la mauvaise influence d'un autre nouveau venu, Sintram, la discorde fait son entrée dans la compagnie : les « Chevaliers » en arrivent peu à peu à détester leur bienfaitrice. Dans un accès d'humeur, l'un d'eux l'accuse même publiquement d'adultère. La « Maîtresse », chassée par son mari, est alors réduite à mendier son pain à travers les champs couverts de neige. Les « Chevaliers » demeurés les maîtres incontestés de la mine d'Ekeby, s'arrêtent de l'exploiter, gaspillant peu à peu les biens accumulés depuis plusieurs années. Pendant ce temps, une sorte de malédiction semble peser sur la vie de Gösta qui porte malheur à tous ceux qu'il rencontre. Son charme devient fatal aux jeunes filles et ses plaisanteries ont un effet désastreux sur les hommes. Les « Chevaliers », jadis tant admirés, s'attirent enfin le mépris général et se voient contraints de se remettre au travail. C'est alors que la vieille « Maîtresse » réapparaît : pour mourir hélas, mais en ayant pardonné leur trahison aux « Chevaliers ». Après quoi, ces derniers se dispersent à tout jamais.
Ce roman s'inspire en partie des légendes dont la tradition s'était maintenue dans le Vârmland (ce coin de Suède où naquit l'auteur). Ces éléments, heureusement assimilés par ce dernier et mis en lumière par son grand talent de conteur, expliquent le caractère absolument original de la Saga de Gösta Berling. Ici se révèle une double source d'inspiration : le sens du fantastique, celui du sentiment religieux. Ce roman inspira en 1923 à Mauritz Stiller La légende de Gösta Berling, un des premiers films interprétés par Greta Garbo.
Dans les délicieuses pages autobiographiques intitulées : Saga sur une saga [En saga om en saga], et publiées en 1908, Selma Lagerlöf a retracé la genèse de la Saga de Gösta Berling. L'auteur avait passé son enfance et sa prime jeunesse dans la ferme paternelle de Märbacka : c'était une enfant fluette et maladive, « si bien qu'elle ne pouvait partager les jeux des autres enfants, mais trouvait en revanche grand plaisir à la lecture et à l'évocation des légendes d'autrefois. Plus tard, elle se rendit à Stockholm pour y faire ses études. C'est là que, par un matin d'automne (en 1881), au sortir d'un cours d'histoire littéraire, la jeune fille s'avisa que les guerriers débonnaires de Runeberg et les soudards insouciants de Bellman étaient un merveilleux sujet de poème ; car le monde de sa propre enfance n'était pas moins singulier que celui de Fredman ou du héraut Stal. Dès lors, la jeune fille décida d'écrire la saga des « Chevaliers » du Värmland, et cette idée ne la quitta plus. Mais il fallut bien des années avant qu'elle ne la réalisât. Ce ne fut en effet qu'en 1890 que Selma Lagerlöf envoya une série de chapitres, formant un tout, à un concours ouvert par la revue « Idun » Elle remporta le prix. L'année suivante la Saga de Gala Berling était publiée.
